Philippe Pasqua a réalisé sa première sculpture en 1997. Elle figurait déjà un crâne qui est devenu, au fil du temps, un thème majeur et emblématique de son œuvre. Celui qu’il présente ici sur le parvis du musée ou sur le graphique et le plus important qu’il est jamais réalisé : entièrement en bronze massif poli, il mesure 3,70 m de hauteur et pèse 1 tonne. Si le crâne évoque ce qu’il reste de l’homme après sa mort, les papillons symbolise la légèreté, l’immatérialité de l’âme qui s’envole. L’œuvre s’inscrit dans la tradition des vanités, ce thème qui traverse toute l’histoire de l’art et se définit comme une représentation allégorique de la mort, du passage du temps, de la précarité de la vie et, face à cela, de la vacuité des occupations humaines.
Vanité
Narcisse
Fasciné par l’immense squelette de baleine (18 m de longueur) suspendu au musée océnographique, Philippe Pasqua a sculpté son double. Devant l’impossibilité matérielle de pouvoir travailler directement avec l’animal, l’artiste a décidé de le reproduire à l’identique et d’accrocher sa sculpture à l’envers pour donner l’illusion de son reflet.
L’effet miroir marche d’autant mieux que la partie inférieure de l’œuvre de Pasqua réalisée en fibre composite chromé permet une parfaite réflexion de la partie supérieure, mate, en os véritable. L’oeuvre s’intitule Narcisse, mais la baleine ne se noiera pas dans son image. Abondamment chassée, elle est toujours menacée. Son double annonce-t-il son fantôme ? Le fantôme de la baleine. Tout de blanc drapé.
Santa Muerte
Cette gigantesque tortue en bronze prise au piège dans un filet de pêche, comme crucifiée sous son linceul de maille, avec ses bouées en plastique évoque la tragédie des animaux marins en voie de disparition. Pour réaliser cette sculpture, l’artiste s’est fait prêter un immense squelette de 5 m d’envergure de l’ancêtre préhistorique de la tortue et l’a fait mouler en bronze puis polir. « je voulais qu’elle soit comme une déesse recouverte d’or », indique l’artiste. Comme une sainte, comme une icône. La noblesse de l’animal est ici mise en contraste avec l’indifférence humaine.
L'Effet Miroir
En réalisant cette œuvre en inox, à partir d’une mâchoire de mégalodon, l’ancêtre du requin, Philippe Pasqua transforme la gueule de l’animal en un immense miroir de 4 fois 4 mètres dans lequel nous nous reflétons et nous découvrons immanquablement. Mieux, ou pire encore, nous sommes projetés, tout petit, à l’intérieur, comme aspirés et avalés par l’animal. Entre Jonas avant son séjour dans le ventre de la baleine, « Les Dents de la Mer » et « Moby-Dick ». Cette immense sculpture murale, accrochée dès l’entrée du musée, est une incitation au voyage, une invitation à entrer dans une aventure artistique et philosophique.
Golgotha
Philippe Pasqua a eu l’idée de cette œuvre en voyant un véritable Olivier, vieux de 3000 ans. De l’arbre, il ne restait que le tronc noueux, mort, monumental. Il était déjà en soi une magnifique sculpture. Philippe Pasqua a façonné le moule en bronze puis y a ajouté un riche feuillage noir, avant d’encastrer l’ensemble dans du béton, comme s’il s’agissait d’un arbre en terre. Il a pensé au monde des oliviers puis à cette autre colline au nord de Jérusalem, le Golgotha, ou selon les évangiles, a eu lieu la crucifixion de Jésus-Christ ; et qui, selon certains historiens, était parsemée des crânes des suppliciés, restés sur le site. Pasqua en a incrusté plusieurs au pied de son arbre, fidèle à ce thème de la vanité, si présent dans son travail. De même a-t-il dispersé des papillons sur les branches en signe de l’élévation des âmes.
Who should be scared
Qui pourrait effectivement avoir peur, maintenant que cet immense requin de près de 10 mètres est terrassé ? Comme pour « L’Effet Miroir », autre œuvre de l’exposition « Borderline », Philippe Pasqua s’est appuyé sur l’image d’un mégalodon, l’ancêtre du requin. Il a reconstitué l’animal à partir d’un fichier numérique, avant de le sculpter en inox, comme s’il avait une carapace en acier. Pour dénoncer la tuerie abusive de ces poissons, l’artiste l’a ici pendu à une potence et exhibé comme un trophée de pêche, aux yeux de tous. Malgré son armure flamboyante et rutilante au soleil, la peur a changé de camp.
T-Rex
La cène
Le chant des méduses
Aujourd’hui les méduses ne semblent pas sur le point de disparaître. Bien au contraire, elles se multiplient. Les scientifiques s’interrogent toujours sur leur prolifération. Chercheur de contrastes, Philippe Pasqua donne symboliquement de la dignité à leur mort en les plaçant dans un container d’un blanc immaculé. De taille et de formes différentes, il en a réalisé plusieurs centaines, toutes en verre parfois chromé pour rappeler l’aspect brillant, translucide et très fragile de ces animaux.
Soleils noirs
Lorsqu’il a vu la falaise surplombée par le musée, Philippe Pasqua a tout de suite eu l’idée d’y installer des oursins qui ont justement pour l’habitude de s’accrocher aux parois rocheuses. Il a fait scanner le petit animal marin et la reproduit à l’identique, à une grosse différence près : l’échelle. Car si l’oursin mesure généralement entre 5 et 10 cm, ceux de Pasqua mesurent 5 m de diamètre. C’est la taille que l’artiste voulait leur donner pour qu’il puisse être vus de loin, sur l’eau, d’un bateau ou en l’air d’un hélicoptère ou d’un avion, de la même manière que l’on peut découvrir les vrais oursins entre deux vagues ou deux marées. Phillipe Pasqua à intitulé cette œuvre « Soleils Noirs » en référence au rayonnement de leurs épines, et à la couleur de l’acier peint. « Soleil Noir » est également le nom de certaines espèces d’oursins.
Wheel of time
10 tonnes, 7 m de diamètre, 6 m de hauteur : le manège ne tourne pas. Il nous faut donc tourner autour pour découvrir sa complexité, les nombreux éléments qui le constituent – des squelettes de tyrannosaurus rex, des rats, une chaise électrique, une ombrelle, un tronc d’arbre millénaire… – et les différents matériaux qui le composent – du bronze, de l’acier, de l’aluminium et même de la dentelle que Pasqua a fait coudre au Portugal où il est installé.
La roue ne tourne pas, le temps non plus : il semble s’être arrêté, figeant les choses dans leurs mouvements ou dans leurs poses, mélangeant et juxtaposant les époques, de la préhistoire à la période contemporaine.
Face Off
Cette sculpture monumentale en bronze (3 m et 3 tonnes) figure une jeune femme appuyée sur ses avant-bras. La moitié de son visage écorché dévoile un crâne, une vanité, selon le terme utilisé pour évoquer une représentation allégorique de la mort. Une façon d’évoquer notre fragile condition d’humains et de nous rappeler que sous le visage de la vie se cache toujours une tête de mort. Il y a quelques années Philippe Pasqua avait déjà peint le portrait d’une enfant trisomique. Par la suite, il en fit une sculpture en pierre puis, dans un second temps, en plomb. Avec ce métal malléable, il avait déjà ouvert une partie de sa tête pour y incruster un crâne qui est, depuis toujours, l’un de ces sujets récurrents.
